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La naissance d’une nuance …

… très longtemps après l’émission du timbre lui-même, voilà ce qu’on pourrait qualifier de naissance post-maturée (par opposition à une naissance prématurée).

Die Entstehung einer Nuance sehr lange nach der Ausgabe der Briefmarke selbst, das könnte
man als eine überreife Geburt bezeichnen (im Gegensatz zu einer Frühgeburt). Ein Blick in die aktuellen Auktionskataloge genügt, um dies zu erkennen. Im Jahr 2018 erschien die mehr oder weniger braune Nuance des Wappens auf bestimmten Rayons II des Steins A2 im SBK-Katalog als Abart Nr. 8: «Stein A2 mit braunem Wappen» (Fig. 1).

Fig. 1 : Rayon II avec la « nuance » brun-rouge

de l’écusson.

Il suffit de consulter les catalogues de vente actuels pour s’en rendre compte. En 2018, la nuance plus ou moins brune de l’écusson sur certains Rayons II de la pierre A2 est apparue dans le catalogue SBK en tant que variété no 8 : « Pierre A2 avec écusson brun » (Fig. 1). Ce décalage temporel de plus d’un siècle et demi entre l’émission du timbre et la description de la nuance de couleur a fait hausser les sourcils de bien des collectionneurs. Sans compter que cette variété est accompagnée d’un supplément de cote qui revient à doubler la valeur du timbre. Mais ce n’est pas tout : les timbres aux types Orts-Post et Poste Locale peuvent connaître eux aussi, un tel phénomène. Et certains timbres rouges ou oranges de la période semi-moderne ont également tendance à noircir (Fig. 2).

Fig. 2 : Altération de la couleur rouge de l’écusson sur deux Orts-Post (deuxième et quatrième timbres en haut) et sur des timbres de type écusson de 1924 (bloc de 4 à droite en bas). Noircissement de la couleur orange du timbre commémoratif des 50 ans de l’U.P.U. de 1924 (à droite sur la lettre). Veränderung der roten Farbe des Wappens auf zwei Orts-Post-Marken (zweite und vierte Marke oben) und auf Marken mit Wappen aus dem Jahr 1924 (Viererblock unten rechts). Schwärzung der orangefarbenen Farbe der Gedenkmarke zum 50-jährigen Bestehen des Weltpostvereins (UPU) aus dem Jahr 1924 (rechts auf dem Brief).

Selon le catalogue, la nuance brune de l’écusson se rencontre seulement sur des pièces de la pierre A2. Pour l’impression lithographiée de la couleur noire plusieurs pierres ont été utilisées qui ont été baptisées A1, A2, A3, B, B1, etc. Si le sujet vous intéresse, vous pouvez vous référer au livre publié par Ernst Müller en 1968 qui compile une série d’articles parus dans le Journal Philatélique Suisse de 1967 à 1968 et qui montre les détails
minimes de l’impression noire permettant de diffé­rencier les pierres. Ce livre est richement illustré d’exemples, notamment des nombreuses nuances du jaune plus ou moins clair ou foncé. Cependant, cet ouvrage ne mentionne aucune nuance brun rouge de l’écusson quand bien même Ernst Müller avait scruté dans leurs moindres détails des milliers de ces timbres. Voyons maintenant une pièce illustrée dans une vente aux enchères récente qui présente cette nuance brune de l’écusson, ainsi que l’attestation dont le scan était disponible sur internet. Une attestation est bien pratique, car elle permet de voyager dans le temps ! Ici, le Rayon II de la pierre A2 oblitéré d’un cachet bleu PP dans un cercle présente incontestablement cette nuance brune en 2023, alors que l’écusson est rouge sur l’attestation rédigée en 2002 (Fig. 3).

Fig. 3 : Rayon II, type 7 A2-RU (donc imprimé avec la pierre A2) comme il apparaît sur une attestation datée de 2002 (à gauche) et comme il se présente lors d’une vente sur offre vingt et un ans plus tard en 2023. La différence de nuance du rouge de l’écusson peut difficilement s’expliquer uniquement par les différences d’exposition de la photo et de la numérisation. Rayon II, Typ 7 A2-RU (also mit dem Stein A2 gedruckt), wie sie auf einem Attest aus dem Jahr 2002 (links) erscheint und wie sie sich 21 Jahre später, im Jahr 2023, bei einer Auktion präsentiert. Der Unterschied im Rotton des Wappens lässt sich kaum allein durch die unterschiedliche Belichtung des Fotos und der Digitalisierung erklären.

Les illustrations des catalogues de vente représentent un autre moyen de remonter le temps, cette fois-ci pour un spectaculaire affranchissement mixte avec deux timbres cantonaux de Genève (même si on les appelle « 5 de Vaud ») et le timbre fédéral qui leur a succédé, un Rayon II de la pierre A2 (Fig. 4). En 2014 lors d’une vente aux enchères, l’écusson du Rayon est rouge brun, alors qu’en 1992 lors d’une vente précédente, l’écusson était rouge. Et cette fois-ci, plus moyen de plaider les différences photographiques, l’écusson rouge du 5 de Vaud servant de témoin comparateur. Nous voici donc contraints d’admettre que cette nuance brun-rouge de l’écusson ne reflète pas la couleur originale, mais ressemble plutôt à une altération survenue plus d’un siècle après l’impression des timbres. On peut émettre l’hypothèse qu’un stockage inadéquat, par exemple dans des poches en plastique trop serrées, puisse avoir induit ce changement de couleur. C’est en tout cas la source probable du noircissement qu’on observe assez souvent sur les Helvetia debout – des timbres qui ont servi une trentaine d’années après les Rayons – et qui affecte le plus souvent l’émission sur papier blanc avec filigrane grande croix, par exemple le 30 cts brun (Fig. 5). Quelle que soit l’origine chimique de cette altération de couleur, elle semble être en grande partie réversible ou tout au moins propice à une atténuation puisqu’en trempant le timbre pendant quelques minutes dans une solution diluée de peroxyde d’hydrogène, le nom scientifique de l’eau oxygénée, on retrouve une nuance ressemblant fort aux autres timbres de cette émission. Á noter que cette « désaltération » est durable, le cas illustré ayant gardé le même aspect près de dix ans plus tard (Fig. 5).

Fig. 4 : Affranchissement mixte 5 de Vaud et Rayon II (de la pierre A2) en 1992 (en haut) et 2014 (en bas). Le rouge de l’écusson du Rayon a bruni. Mischfrankatur Waadt 5 und Rayon II (Stein A2) im Jahr 1992 (oben) und 2014 (unten). Das Rot des Wappens der Rayon ist bräunlich geworden.

Fig. 5 : Une Helvetia debout N° 88A oblitérée de Lausanne devenue presque noire à la suite d’un entreposage inadéquat (en haut à gauche). Le même timbre après quelques minutes de bain dans une solution diluée d’eau oxygénée retrouve la nuance brun-orangée caractéristique de cette émission (en haut, au centre). Le même timbre neuf ans et quatre mois après le traitement (en haut à droite). Le N° 68E oblitéré de Burgdorf n’a pas été traité mais a été numérisé à chaque fois avec le N° 88A oblitéré de Lausanne comme référence pour la comparaison des couleurs. Eine gestempelte Stehende Helvetia Nr. 88A aus Lausanne, die aufgrund unsachgemässer Lagerung fast schwarz geworden ist (oben links). Nach einigen Minuten in einer verdünnten Wasserstoffperoxid­lösung erhält dieselbe Briefmarke wieder den für diese Ausgabe charakteristischen braun-orangefarbenen Farbton (oben in der Mitte). Die gleiche Briefmarke neun Jahre und vier Monate nach der Behandlung (oben rechts). Die gestempelte Nr. 68E aus Burgdorf wurde nicht behandelt, sondern jedes Mal zusammen mit der gestempelten Nr. 88A aus Lausanne als Referenz für den Farbvergleich digitalisiert.
 

Pour les Helvetia debout, un paramètre accentue fortement le noircissement de certaines zones du timbre : c’est la pression à laquelle le timbre a été soumis pendant son séjour plus ou moins prolongé dans une pochette contenant des plastifiants. Depuis plusieurs années, nous possédons une lettre-valeur munie au verso de cinq jolis cachets de cire épais et parfaitement conservés et au recto d’un affranchissement de 45 cts (30 cts pour une valeur jusqu’à 1’000 fr et 15 cts pour un article de messagerie de moins de 500 g). Le timbre de 30 cts, un N° 88Ab de la planche IIB qui était
devenu pratiquement noir, a recouvré la couleur brun orange caractéristique de cette planche au moyen d’un simple badigeon à l’eau oxygénée (Fig. 6, partie supérieure). Nous avons reproduit le cachet de cire qui se trouve derrière le timbre de 30 cts. Le rectangle vert représente l’emplacement du timbre, et les ovales rouges indiquent la position du cadre supérieur de l’Helvetia au-dessus des lettres HELV et de l’angle supérieur droit qui étaient les seuls à avoir gardé leur couleur originelle (Fig. 6, partie inférieure). La nuance du timbre de 15 cts, en revanche, n’a subi aucune modification, ce qui démontre que certaines encres sont sensibles alors que d’autres ne le sont pas.

Fig. 6 : Á gauche en haut, une Helvetia debout N° 88A très noircie. Á droite en haut, le timbre rétabli dans sa couleur d’origine. Á gauche en bas : un des cachets de cire du verso. Le rectangle vert indique la position du timbre de 30 cts au recto. Les ovales rouges indiquent la position des parties du timbre qui n’avaient pas noirci. A droite en bas : les zones du cadre supérieur entourées d’ovales rouges sont celles qui avaient échappé à la pression imposée par le cachet de cire et avaient conservé leur couleur originelle. Links oben eine stark geschwärzte Stehende Helvetia Nr. 88A. Rechts oben die Briefmarke in ihrer ursprünglichen Farbe. Links unten: einer der Wachssiegel auf der Rückseite. Das grüne Rechteck zeigt die Position der 30-Rp.- Briefmarke auf der Vorderseite. Die roten Ovale zeigen die Position der Teile der Briefmarke, die nicht geschwärzt waren. Rechts unten: Die mit roten Ovalen umrandeten Bereiche des oberen Rahmens sind diejenigen, die dem Druck des Wachssiegels entgangen sind und ihre ursprüngliche Farbe behalten haben 

Ce qui fonctionne pour les Helvetia debout serait-il applicable aux Rayons II de la pierre A2 ? On pourrait tenter l’essai, mais si cette nuance brun rouge était réellement d’origine, ne prendrait-on pas le risque d’abîmer une vraie rareté ? Nous avons considéré ce risque comme faible puisque la pièce illustrée à la fig. 1 était accompagnée d’une ancienne attestation qui, bien que munie d’une photo en noir et blanc, montre un écusson de nuance claire incompatible avec l’écusson presque noir du timbre (Fig. 7). Après un essai concluant sur un timbre abimé converti en cobaye, le beau Rayon en question a été traité pour retrouver la couleur originelle de l’écusson, d’une nuance rouge plus franche (Fig. 7).

Fig. 7 : Le Rayon II de la pierre A2 avec l’écusson rouge-brun déjà illustré à la figure 1 (au centre), à côté de la photo noir et blanc d’une ancienne attestation (à gauche) et du timbre dont l’écusson fut traité par une solution diluée d’eau oxygénée (à droite). Le contraste entre le rouge de l’écusson et le noir des volutes et du cor sur l’ancienne photo de l’attestation correspond beaucoup mieux au timbre à l’écusson rouge qu’au même timbre à l’écusson brun-rouge. Die Rayon II des Steins A2 mit dem rotbraunen Wappen, das bereits in Fig. 1 (in der Mitte) dargestellt ist, neben dem Schwarz-Weiss-Foto eines alten Attests (links) und dem Stempel, dessen Wappen mit einer verdünnten Wasserstoffperoxidlösung behandelt wurde (rechts). Der Kontrast zwischen dem Rot des Wappens und dem Schwarz der Schnörkel und des Horns auf dem alten Foto des Attests passt viel besser zur Marke mit dem roten Wappen als zur gleichen Briefmarke mit dem braunroten Wappen.

La conclusion nous paraît claire : la nuance rouge brun de l’écusson des Rayons II de la pierre A2 n’est pas d’origine mais résulte d’une altération tardive de la couleur. Cela a été une erreur de considérer cette altération comme une variété originale et de l’introduire au catalogue (16II Ab. 8). Ayons alors le courage de le reconnaître et supprimons-la du catalogue. Pour terminer, mentionnons encore que plu­sieurs timbres des anciens États allemands connaissent un problème identique. De même, nos collègues français ont remarqué depuis longtemps que le timbre de 40 cts au type « Napoléon » pouvait lui aussi être victime d’un entreposage inadéquat. Nos deux dernières illustrations montrent un exemplaire noirci, puis le même timbre, rétabli après un traitement de quelques minutes à l’eau oxygénée (Fig. 8).

Fig. 8 : 40 cts au type « Napoléon » avant (à gauche) et après (à droite) traitement à l’eau oxygénée. 40 cts der «Napoleon»-Types vor (links) und nach (rechts) der Behandlung mit Wasserstoffperoxid.